À l’issue de la 45ᵉ session de l’Assemblée des Français de l’Étranger (AFE) qui vient de se tenir à Paris, un « arc majoritaire » réunissant des élus de La France Insoumise, du Parti Socialiste, des écologistes, des Républicains, de l’UDI et des indépendants a redistribué les principales responsabilités de l’institution.
Cette alliance, inédite par sa diversité politique, suscite des interrogations : aucun programme commun ni priorité partagée pour les Français de l’étranger n’aurait précédé la répartition des postes. Pour ses détracteurs, cette coalition de circonstance semble davantage guidée par le partage des responsabilités que par un véritable projet collectif.
Le principal reproche concerne la rupture avec l’usage de la répartition proportionnelle des fonctions, qui permettait aux différentes sensibilités de participer à la vie institutionnelle. Selon cette critique, des groupes représentant plus de 30 % des élus inscrits se retrouveraient privés de responsabilités importantes, tandis que d’autres bénéficieraient d’une représentation disproportionnée.
Or, l’AFE est avant tout une assemblée consultative chargée de faire remonter les préoccupations des Français établis hors de France : enseignement, protection sociale, sécurité et services consulaires. Sa crédibilité repose sur la qualité de ses travaux et sa capacité à représenter l’ensemble des élus, et non sur la constitution de majorités d’appareil.
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, ses membres redoutent que les stratégies partisanes nationales prennent davantage de place au détriment des missions concrètes de l’assemblée.
Le nouveau président, Baptiste Heintz, ainsi que les vice-présidents Radya Rahal et Christophe Lejeune, sont félicités pour leur élection, tout en étant appelés à exercer leurs fonctions avec impartialité. Les critiques évoquent notamment l’impossibilité donnée à certaines sensibilités de s’exprimer lors de la dernière journée de session.
Au sein du groupe ALICE — Alliances des Libéraux, Indépendants et Centristes de l’Étranger —, la ligne défendue est celle d’une assemblée collégiale, pluraliste et tournée vers le terrain. Le groupe affirme vouloir examiner chaque texte selon son mérite, soutenir les propositions utiles quelle que soit leur origine et s’opposer aux arrangements qui feraient passer les intérêts des élus avant ceux des Français de l’étranger.
Ses priorités annoncées portent notamment sur le bon déroulement des élections de 2027, la modernisation des services consulaires, la défense des droits des Français expatriés et la réflexion sur leur représentation institutionnelle.
Au fond, le débat dépasse la seule répartition des postes : il porte sur la conception même de l’AFE. Doit-elle fonctionner selon une logique de majorité et d’opposition, ou préserver une représentation pluraliste de ses élus ? Pour les membres d’ALICE, une majorité de circonstance ne doit jamais devenir un instrument d’exclusion. L’AFE appartient à l’ensemble de ses élus et, à travers eux, aux Français de l’étranger.


