Une commerçante parisienne, une barre de fer à la main, tente d’empêcher les casseurs d’entrer dans sa boutique. Elle affirme avoir appelé cinq fois la police, qui lui aurait demandé de ne plus encombrer les lignes. Un voisin jette de l’eau chaude sur les pilleurs depuis sa fenêtre. D’autres commerçants dorment désormais dans leur magasin, une batte de baseball à portée de main.
Liberté, égalité, abandonnés. Quand l’État ne protège plus, l’autodéfense devient une tentation. On peut comprendre ces commerçants qui voient voler en éclats leurs économies et leur travail, sans qu’un uniforme apparaisse à l’horizon.
Mais se défendre soi-même n’est pas une solution. Une barre de fer contre vingt casseurs, c’est parfois une vie en danger. Et lorsque chacun doit assurer sa propre sécurité, le droit cède la place à la loi du plus fort.
C’est précisément pour éviter cela que l’État existe : protéger les personnes et les biens, garantir que la force ne décide pas de tout. Dans ces vitrines brisées, ce n’est donc pas seulement le petit commerce qui disparaît, mais aussi la confiance dans le contrat fondamental entre les citoyens et la République.
Le pire serait désormais de voir des commerçants attendre les pilleurs, prêts à en découdre. D’un côté, des voyous qui ne craignent plus l’État ; de l’autre, des citoyens qui ne comptent plus sur lui. Deux faillites face à face, avec le risque que la rue devienne le tribunal et la violence, le dernier recours.
Paul Valéry l’avait résumé ainsi : « Si l’État est fort, il nous écrase. S’il est faible, nous périssons. »
La République ne peut pas demander aux citoyens de respecter la loi tout en les laissant seuls face à ceux qui la piétinent. La sécurité n’est ni un privilège ni une faveur : c’est la première des obligations de l’État. Quand un commerçant doit choisir entre abandonner sa boutique et risquer sa vie pour la défendre, ce n’est pas seulement la police qui manque à l’appel : c’est la République qui manque à sa parole.


