Expatriés en Californie : quand notre « morning routine » change de rythme
Marcher avant de travailler, avaler son café en voiture, troquer les tartines contre des œufs ou un bol d’oatmeal… En s’installant aux États-Unis, et particulièrement au bord de l’océan Pacifique, les habitudes matinales des expatriés changent. Sous le soleil, le matin se vit plus tôt, à l’extérieur, et souvent plus sportivement. Mais dans un pays où la voiture est reine, il faut parfois réapprendre à… marcher. Trois expatriés francophones racontent comment leur routine matinale a évolué.
À Los Angeles, dès les premières heures de la journée, les rues et les plages s’animent. Surfeurs, joggeurs, promeneurs de chiens et adeptes du yoga ou du Pilates profitent de la fraîcheur matinale avant que la journée de travail ne commence.
Pour les Européens installés aux États-Unis, cette « culture du matin » peut modifier en profondeur le rythme quotidien. Mais un paradoxe apparaît rapidement : on fait davantage de sport… tout en marchant beaucoup moins.
À Los Angeles, il faut décider de marcher
Pour Séverine, Française installée en Californie après avoir vécu à Paris, c’est sans doute le changement le plus frappant. À Paris, elle ne se demandait jamais comment intégrer la marche à sa journée. L’activité physique faisait tout simplement partie du quotidien.
À Los Angeles, le réflexe automobile change la donne : « Le principal changement, c’est que j’ai dû me forcer à marcher le matin. En France, j’habitais à Paris et je me posais moins la question puisque je déposais mes enfants à la crèche ou à l’école, puis je prenais le métro et je courais à mes rendez-vous, toujours avec les transports en commun. Ici, sinon, c’est la voiture et puis c’est tout. Pour un bien-être non seulement physique, mais aussi mental, j’ai dû m’obliger le matin à aller marcher un peu. »
Habitant près des escaliers de Mar Vista, Séverine profite désormais du quartier pour marcher et grimper les marches. Une activité qui n’est plus la conséquence d’un déplacement, mais un rendez-vous volontaire avec elle-même.
À West LA, Nathalie fait le même constat : « En général, c’est dur de marcher suffisamment à LA car les distances sont importantes et on fait tout en voiture, alors qu’en Europe marcher fait partie du quotidien. » Sa solution à elle : sa chienne qui lui garantit une promenade quotidienne. Et côté sport, Nathalie vient également de se remettre au Pilates, discipline qui règne en maître en Californie.
Plus tôt le matin… sauf pour les irréductibles couche-tard
Le changement ne concerne pas seulement l’activité physique. L’heure du réveil évolue aussi.
Séverine se lève désormais plus tôt qu’en France. André, un Belge installé depuis peu aux États-Unis, a lui aussi complètement adopté le rythme américain : réveil entre 5h30 et 6h30, coucher plus tôt et activité sportive souvent dès le début de la journée.
La culture professionnelle y contribue. Quand certaines réunions commencent à 7 heures du matin (ndlr : la côte ouest des États-Unis a trois heures « de retard » sur le début de journée par rapport à la côte est, et doit donc se lever tôt pour y contrecarrer), la journée se décale ainsi naturellement. André remarque aussi que les plages, très fréquentées le week-end, peuvent être presque désertes en semaine : un luxe dont il profite pour marcher, faire du vélo, nager dans l’océan ou sortir son chien.
Pour cet entrepreneur, ces pauses actives ne sont pas du temps perdu. Au contraire : sortir, bouger et profiter du soleil lui permettent de revenir à son travail plus concentré et plus productif.
Le matin américain aurait-il gagné tout le monde ? Pas tout à fait.
À West LA, Nathalie résiste : « Malgré le rythme californien, je reste une couche-tard, alors je ne réussis toujours pas à me lever plus tôt ! »
Du croissant aux œufs : le petit-déjeuner se transforme
Le changement de continent se retrouve aussi dans l’assiette.
À Paris, le petit-déjeuner de Séverine pouvait se résumer à un croissant ou un bout de baguette attrapé en chemin. En Californie, elle accorde davantage d’importance au premier repas de la journée : œufs, yaourt grec, céréales, granola ou pain grillé accompagnent désormais son indispensable café. Le repas est plus consistant, au point qu’elle mange moins le midi.
Pour ses enfants, en revanche, certaines traditions résistent : lait au chocolat et tartines restent au programme. Avec tout de même une petite adaptation américaine : les pains au lait aux pépites de chocolat de Trader Joe’s ont trouvé leur place à la table familiale. Les céréales américaines multicolores, elles, ont connu moins de succès : Froot Loops et Fruity Pebbles ont été testés… puis définitivement écartés.
Chez Nathalie aussi, le petit-déjeuner s’est américanisé. Exit les traditionnelles tartines beurre-confiture : place au bol d’oatmeal agrémenté de graines de chia, de chanvre et de fruits. Mais son café raconte à lui seul une autre facette de la vie à Los Angeles. En France, elle le buvait tranquillement chez elle. Désormais, elle le verse dans un thermos et le boit… au volant, sur le chemin du travail.
Une « morning routine » très californienne : healthy dans le bol, café dans la voiture.
André a lui aussi profondément modifié son alimentation depuis son installation aux États-Unis. Il cuisine davantage qu’en Europe, notamment parce qu’il trouve la restauration américaine souvent trop sucrée, trop salée ou trop grasse.
Son petit-déjeuner est résolument salé : œufs, pommes de terre sautées, légumes et parfois saucisses, complétés par du yaourt, des fruits ou des graines. Et les conventions horaires ne l’arrêtent pas : riz, lentilles, patates douces ou légumes de la veille peuvent parfaitement devenir son premier repas de la journée.
La France dans les oreilles
Toutes les habitudes ne disparaissent pas avec l’expatriation.
À Paris, Séverine commençait régulièrement sa journée en écoutant France Inter ou France Culture en direct. Le décalage horaire aurait pu mettre fin au rituel. La technologie lui permet au contraire de le conserver : en Californie, elle retrouve ses émissions en différé grâce à l’application Radio France.
Un petit morceau de matin français sous le soleil californien.
Une routine moins spontanée, mais plus consciente ?
À travers ces trois expériences, un paradoxe se dessine. En Europe, marcher peut être une nécessité presque invisible : aller au métro, accompagner les enfants, faire une course, rejoindre un rendez-vous. Aux États-Unis, particulièrement dans des villes construites autour de la voiture, cette activité disparaît facilement du quotidien.
Il faut alors décider de bouger.
Même constat dans l’assiette. Le petit-déjeuner rapide et parfois improvisé laisse place, chez certains expatriés, à un repas plus réfléchi et plus nourrissant.
Bien loin des « morning routines » impeccablement choréographiées des réseaux sociaux, celles de Séverine, Nathalie et André sont faites de compromis très concrets.
Mais le soleil, l’océan et le rythme américain semblent avoir une influence commune : le matin n’est plus seulement le moment qui précède la journée. Il devient, pour beaucoup d’expatriés, une partie essentielle de celle-ci.
E.F.
Crédit photo : D.R.


