C’est une affaire rocambolesque comme seule la Russie sait les faire qui empoisonne depuis quelques mois la communauté française de Moscou : la Présidente de l’association historique des parents d’élèves aurait été épinglée pour le vol de l’argent des cotisations et des activités de l’association. LesNiouzes.com a mené l’enquête.
Rembobinage : en 1996, une association de parents d’élèves créée à Moscou est enregistrée en préfecture avec pour siège social… l’ambassade de France dans la capitale moscovite. Depuis ? Plus rien… ! Aucune déclaration en 30 ans, mais une activité continue présentée sur les réseaux sociaux et, bien entendu, la perception de cotisations et de revenus sur des activités bénévoles. L’association française est alors l’une des plus importantes, comptant plusieurs centaines de membres, souvent des mères expatriées sans activités et qui voient là l’occasion de socialiser en attendant sagement le retour de leurs maris, directeurs des entreprises du CAC 40. En d’autres mots, Desperate Housewives en version franco-moscovite.
Tout comme dans la série américaine, les choses vont bien vite déborder et nos mères au foyer vont-elles aussi montrer leurs talents pour les luttes intestines et les manipulations en tous genres. Fini le temps du respect du droit français, place à la chasse au Graal : la présidence de l’association par tous les moyens…
Période COVID, la grande accélération !
Moscou est isolée de Paris. Si la guerre contre l’Ukraine n’est pas encore là, un sentiment d’éloignement avec la métropole est perceptible et l’association va discrètement passer à la vitesse supérieure. Si aucune déclaration de vie associative, pourtant obligatoire, n’était faite par le passé, le maintien d’une démocratie et du respect de ses statuts existait pourtant. Avec la période COVID, la digue va céder ; finies les élections associatives, passage à la candidature unique avec vote à main levée, exclusion des contestataires des réunions ou des boucles de communication, mais plus encore, vidange du compte bancaire français et mise en place d’une double caisse en cash qui, elle aussi, disparaît mystérieusement entre 2022 et 2024. Le tout pour un montant estimé à environ 100 000 euros.
Début 2022, sous l’impulsion d’un élu PS local, l’ambassade est alertée. L’affaire est mise sur la place publique, mais, tant à la direction du lycée français de Moscou que du côté des diplomates en poste en Russie, on ne voit pas d’un bon œil la mise en lumière d’un système de gestion opaque, confidentiel et illégal. Silence radio donc. Rebelote à partir de 2024, cette fois avec un élu Les Républicains fraîchement élu qui relance le sujet…et qui subit des menaces d’autres élus. Ambiance…
Omerta à l’ambassade
L’affaire connaît un rebondissement l’été dernier à la suite del’élection locale des conseillers consulaires pour les Français de Russie. Trois nouveaux élus d’extrême droite, – dont l’un est sous sanctions de l’Union européenne -, relancent bruyamment l’affaire. Entre méthodes musclées dignes des plus belles heures du RN et mails visant l’Ambassadeur de France et sesconseillers culturels, tout le monde y passe. Des réunions pares-feux sont mises en place par l’ambassade, contrainte, bienmalgré elle, de faire semblant de se préoccuper de la situation. Une séance houleuse se tient même en présence de la représentante de l’association et de sa trésorière qui, quelquessemaines plutôt, non contentes de faire les poches des familles, avaient décidé de faire verser des dons de sociétés pour l’association sur leurs comptes bancaires personnels ! Selon divers documents que LesNiouzes.com a pu consulter, les infractions au code pénal s’enchaînent de manière vertigineuse. Des témoins privilégiés de cette guérilla locale parlent aujourd’hui, sans détours oratoires, de discussions tendues et parfois violentes entre les parties. Le débordement devient rapidement public, notamment sur les canaux russes Telegram et WhatsApp, au grand dam de Nicolas de Rivière, l’Ambassadeur de France, qui, s’il ne répond officiellement à aucune question sur le sujet, aurait demandé à ses collaborateurs directs de surtout ne pas faire de bruit : « dans l’intérêt de la France (sic!)».
Interrogé sur les silences de l’ambassade, un élu précise que le Consul de France sur place, Sylvain Fourrière, arrivé à l’automne 2025, aurait déclaré aux membres du conseilconsulaire lors d’un dîner : « qu’ils n’étaient pas inspecteurs… », en les priant de regarder ailleurs. Précisonsqu’un signalement aurait été depuis adressé au Procureur de la République à Paris ; trop tard donc pour les trois élus qui ne voient rien, n’entendent rien et ne disent rien ! Le service de presse de l’ambassade de France n’a pas encore répondu aux sollicitations de la rédaction de LesNiouzes.com.
La question reste posée : pourquoi l’Ambassade de France, alertée depuis des lustres sur des délits attestés et documentés, ferme-t ’elle ainsi les yeux alors qu’elle a tous les éléments en mains depuis de nombreuses années ? Complicité ? Manque de courage de fonctionnaires qui ne souhaitent pas compromettre de futures mutations ? Décision politique ? Les relations entre le Quai d’Orsay et Moscou étant toujours plus que glaciales à l’approche de l’hiver, le tic-tac d’un énième scandale franco-français au pays du dictateur Poutine est bien lancé. La question à 100.000 roubles que tout le monde se pose est bien là : qui héritera de la patate chaude…?
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